Voyage
vers l'inconnu 3...
Des
heures que la caravane s'enfonce dans ce désert où le soleil offre
à nos regards un spectacle grandiose, se jouant comme par magie de
cette immensité avec des jeux d'ombres et de lumières alternant en magnifiques contrastes, de jaune, d'ocre et d'orangé... Le
voir lentement se coucher derrière cet horizon de dunes entraîna
mon imagination fertile dans une vision tel un clin d’œil de sa
part nous indiquant pour la nuit la fermeture des moucharabiehs sur
un palais de sable blanc...
Le jour s'effaçait doucement annonçant
la baisse de la température? quand au loin on pouvait apercevoir un
écrin de verdure au flanc d'une colline rocailleuse... au pied de
cette montagne, une oasis de rêve, palmeraie luxuriante offrant ses fruits gorgés de sucre et de soleil...
Sommes nous arrivés à
notre destination?
La
réponse ne se fit point attendre, car de l'autre côté du rivage comme pour se protéger d'un éventuel assaillant se trouvait un
village de toiles beaucoup plus structuré que le bivouac précédent;
composé de tentes réparties de façon circulaires, elles étaient
séparées d'allées finement tracées; au
centre se dressait une toile plus imposante que les autres, assemblage de nattes arrimées à des racines
d'acacias, quadrilatère dont les piquets
marquent les angles, elle est considérée par le Touareg comme une réplique du monde car la terre est un disque et sa forme en dôme symbolise
la voûte céleste; L'orientation des tentes est crucial dans cette
communauté nomade avec un accès aux quatre points cardinaux; Le
Nord représentant le côté néfaste, l'Est et l'Ouest où se trouve
l'Homme qui prie; le Sud demeurant le seuil, l'endroit de vie, où on reçoit l'invité; L' époux se place au
nord pour protéger des «kel-esuf» (mauvais sort); la femme, toujours propriétaire de la toile dort au sud là où elle enfantera. Le mode de vie rudimentaire de ce peuple Berbère est
empreint de l'occident avec une mixité entre les religions
musulmanes et chrétienne., témoin cette croix d'Agadez que les
hommes se transmettent de père en fils...avec cette jolie phrase:
«Mon fils je te donne les quatre coins du monde car on ne peux
savoir où on mourra»
Nous
descendons de nos montures et pour la première fois je me trouve
face à face avec cette femme en tenue militaire qui à ma vue
esquisse un léger rictus en enlevant ses lunettes de soleil
recouvrant de jolis yeux émeraude...Nos regards se figent et en
quelques secondes nous devinons nos angoisses réciproques...
Un
sourire amical... que cela est bon de voir ce visage maculé de
cette poussière de sable qui colle à la peau...; les cris durant
le voyage lui étaient surement destinés... qui est-elle? Un militaire
capturé au cours d'une mission secrète? Mais cette corde à sa
cheville... son sourire bienveillant à mon égard, mon cœur bat un
peu plus vite, un espoir nouveau vient de s'installer dans ma tête,
il faut que j'arrive à lui parler, mon Dieu, faites qu'elle parle la
même langue que moi!
Ils
me rattachent les poignets et tirent sans ménagement sur la corde
pour m'amener vers la tente centrale, ils nous séparent déjà !
J'ai envie de hurler, je hurle, «je m'appelle Hervé !!!...»,l'homme
qui tient la corde me reliant à lui tire brusquement, et je tombe le
nez dans le sable, mais j'ai entendu sa voix répondre ...»Et moi
Clémentine!!!!...»
Elle
parle la même langue que moi... je me relève en crachant le sable
de ma bouche, je la cherche du regard, mais elle à déjà
disparue... il faut à tout prix que je puisse lui parler, cela
devient obsessionnel...
Clémentine
surveillée par un homme à l'allure imposante est installée à
l'écart dans une autre tente plus petite où, à proximité une jeune
fille s'active à récurer avec du sable une grosse gamelle
d'aluminium; Fatiguée, elle s'installe sur sa couche et réfléchit oubliant un moment son appareil photo tombé aux mains de cette
bande... elle, la journaliste venue simplement en reportage pour ce
grand magazine, photographier les dunes et les nomades du désert ...
et qui se retrouve comme lui prisonnière... mais d'un seul coup,
l'espoir revient, elle ne se sent plus seule...
C*
Hervé... ma
pensée s'accroche à ce prénom... que lui font-il ? Et lui,
qu'est-il venu faire dans le désert... puisque nous sommes
prisonniers, pourquoi nous séparer, entravés comme des chameaux,
nous ne pouvons nous échapper! La nuit tombe sur les dunes qui
s'enfoncent dans le bleu sombre... les étoiles scintillent... le
froid saharien me fait trembler, j'ai peur aussi, abrutie par cette
pénible journée de transfert, je me recroqueville sur mon tapis... dormir et ne pas penser... on verra demain... demain, il faudra qu'on
essaie de rentrer en contact...
Une
petite fille souriante vient s'installer près de moi. Celle qui tout
à l'heure nettoyait l'énorme récipient; je partage ma piteuse
couverture avec elle, elle s'endort très vite, un petit sourire
reste accroché à sa bouche enfantine...
L'aube
arrive, les chameaux remuent, ils ont besoin de bouger, comme moi,
entravés pour la nuit, ils ont besoin de se nourrir, de ce peu
trouvé dans le désert, la gamine bouge elle aussi, étonnée de me
voir si près, son sourire revient vite, d'un bond de gazelle, elle
file et revient avec du lait de chamelle, et un bout de galette,
sous les regards indifférents des femmes, elle partage son trésor
avec moi... elle touche les liens de mes chevilles en me regardant
tristement, mon pauvre sourire lui répond... les heures passent,
elle est toujours là, va et revient près de moi en chantant une
douce mélopée du désert, je l'écoute en souriant... Et toi!
Hervé que fais-tu?... Mon regard se pose sur cette gamine
attachante... un espoir à l'horizon...
*
Hervé
à dormi au Nord de la grande tente étudiant une grande partie de la
nuit toutes les possibilités d'évasion... pour cela il faudrait
l'envisager le soir à la première obscurité, savoir où se trouve
Clémentine, voler un chameau de l'eau et un peu de nourriture et
suivre l'étoile du Berger...cette belle étoile synonyme de
liberté... tout commençait à prendre forme dans sa tête quand le
chef de la tribu qui s'était également réveillé le toise et dit:
«Slept well to you?»
H*
je lui répondit que non! car relié à cette
corde qui me blessait les chevilles. Dans un geste de bonne volonté
il enleva le lien et me demanda de ne pas essayer de m'enfuir... Lui
demandant des nouvelles de Clémentine, il me jeta un regard froid et
me dit qu'elle aussi était sa prisonnière, qu'il étudiait une
possibilité d'échange contre quatre de ses amis emprisonnés au
Mali et exigerait également le versement d'une rançon d'un million
d'euros... L'écoute de ce montant me fait tressaillir... jamais on ne
débloquerait cette somme pour deux européens totalement inconnus...
*
Le
temps change vite dans le désert, le vent tourbillonne dans les
dunes, soulevant des masses de nuages dorés, que Clémentine regarde
d'un œil distrait, trop occupé à trouver une solution, voir ces
gens courir de tous cotés, les femmes et les enfants rassemblant à
grand cris de «beriberi» des chèvres faméliques pour les enfermer
dans des enclos d'épines, quelques hommes entravent les montures,
les attachant à de maigres piquets de bois pour qu'ils ne se
perdent; le vent attisent la poussière, chacun se démène pour
vérifier les tentes, et s'y réfugie, je suis
bousculé et poussé à l'intérieur de l'une d'elle quand une petite
main s'accroche à moi et me tire vers le coin des femmes, le vent me
bouscule et me fait pleurer des larmes de sable, j'ai l'impression
d'être une de ses tortues des Galapagos, sur une plage à expulser
dans la douleur... le vent aurait voulu s'engouffrer avec nous, mais
un tapis fermement tenu l'en empêche... je reprend une large bouffée
d'air... presque pur sans ce sable qui s'infiltre partout, ne pas se
frotter les yeux... pleurer comme la tortue....pour qu'il quitte mes
orbites brûlants... les secondes passent, la petite main ne me
lâche pas et me traîne vers le fond de la tente bédouine... un son
presque inaudible dans les râles du vent... Hervé ? Oui.... je
suis là... nos mains s'étreignent en silence, nous ne nous
connaissons pas, mais nous ne sommes plus seuls, nous sommes deux...
et cette tempête de sable... la gamine caresse une croix en or sur sa
poitrine en souriant, elle regarde Clémentine qui répond à son
sourire, puis s'esquive un moment pour revenir avec un couteau et une
outre en peau de chèvre remplie d'eau...
"parle-moi encore étoile du nord, raconte-moi ce rêve que je dois reconnaître aux battements de son cœur....étoile, fait qu'il entende les miens pour venir jusqu'ici" de Kel Tamacheq
à
suivre...